Rembourser son prêt immobilier avant l’échéance, c’est parfois une opération qui dérange la logique habituelle : rendre de l’argent au lieu de le voir fructifier ailleurs. Pourtant, derrière la froideur des chiffres, cette décision révèle toute sa complexité. Faut-il solder ses dettes dès que l’occasion se présente, ou laisser l’argent travailler pour soi ? Pour y voir plus clair, plongeons dans des exemples concrets, chiffres à l’appui, afin de mesurer l’intérêt réel d’un remboursement anticipé, aussi bien pour un crédit immobilier que pour un crédit à la consommation.
Remboursement anticipé d’un prêt immobilier : comment s’y retrouver ?
1- Déterminer le montant à rembourser
Imaginons un couple ayant contracté un prêt de 250 000 euros pour devenir propriétaire, début 2017. Ils figuraient parmi les profils solides, ceux qui bénéficient des taux les plus attractifs, selon le baromètre ASC/Crédit Logement.
À cette période, ils ont pu obtenir un taux fixe de 1,47 % sur 20 ans (source : Observatoire CSA/Crédit Logement).
Quatre ans plus tard, au 48e mois, le capital restant dû s’élève à 206 000 euros (arrondi). S’ils poursuivent leur rythme, il leur reste à rembourser 192 mensualités de 1 203 €, soit un total de 231 000 € environ.
2- Mesurer l’économie possible grâce au remboursement anticipé
En cas de remboursement anticipé, la banque applique généralement une indemnité, plafonnée par la législation. Pour notre exemple, admettons que cette indemnité représente 6 mois d’intérêts, soit 1 500 €.
Mettons que ce couple dispose soudainement d’une somme conséquente (héritage, vente), et souhaite solder son prêt immobilier. Il devra alors régler à sa banque :
206 000 € + 1 500 € = 208 000 € (arrondi).
Alors, faut-il sortir 208 000 € aujourd’hui ou continuer à verser 231 000 € sur seize ans ? Ici, le remboursement anticipé leur permettrait de gagner 23 000 €, tout simplement.
3- Que rapporterait ce capital placé ?
La question suivante s’impose : ce capital, mieux vaut-il le placer que rembourser ? Prenons l’assurance-vie euros, placement de référence pour la sécurité. En supposant un rendement de 1,3 % sur seize ans pour 208 000 €, le capital atteindrait environ 256 000 € à l’échéance. Soit un gain de 48 000 € sur la période.
À noter : au 1er janvier 2021, le taux moyen pour un emprunt immobilier sur 15 ans était tombé à 0,95 %, signalant aussi la possibilité de renégocier le crédit.
4- Comparer l’intérêt : remboursement anticipé ou placement ?
Dans ce scénario, rembourser le crédit immobilier d’avance fait économiser 23 000 €. Mais placer la somme sur une assurance-vie euros permet d’en retirer 48 000 € de gains, soit bien plus.
Le bilan, ici, est limpide : tant que le rendement de votre épargne dépasse le taux de votre prêt, l’investissement l’emporte. Cela dit, chaque situation reste unique, et pour certains, la sérénité d’un logement sans dettes n’a pas de prix.
Rembourser un crédit à la consommation par anticipation : la donne change
1- Calculer le montant à solder
Autre exemple : un prêt travaux de 25 000 €, consenti à 5,05 % sur 84 mois (source Cofidis, février 2021). Le plan de remboursement prévoit d’abord une mensualité de 300,48 €, puis 82 à 352,64 €, et une dernière à 352,47 €.
Après 42 mensualités, l’emprunteur s’interroge : est-il judicieux de rembourser le solde maintenant ? Selon le tableau d’amortissement, le capital restant dû à mi-parcours est de 13 600 € (arrondi).
Il resterait alors à honorer 42 mensualités supplémentaires pour un montant total de :
(41 x 352,64 €) + 352,47 € = 14 800 € (arrondi).
2- Évaluer le gain d’un remboursement anticipé
Pour un crédit à la consommation supérieur à 10 000 €, la loi autorise la banque à réclamer une indemnité de 1 %. Dans ce cas, le montant à verser serait :
13 600 € + (13 600 € x 1 %) = 13 736 € (arrondi).
Face à ce choix, l’emprunteur a deux options : solder immédiatement son crédit pour 13 736 €, ou continuer à payer 14 800 € sur trois ans et demi. L’économie réalisée atteint alors 1 064 € sur la période.
3- Que donnerait un placement sur Livret A ?
Voyons à présent ce que rapporterait ce capital s’il était placé. Seules les solutions d’épargne réglementée, comme le Livret A, permettent de connaître le rendement à l’avance. En retenant un taux de 0,50 %, 13 736 € placés sur 42 mois généreraient environ 13 978 €, soit un gain de 242 €.
4- Rembourser ou placer : comment trancher ?
Dans cet exemple, le remboursement anticipé du crédit à la consommation permet de gagner 1 064 €, là où le placement sur Livret A ne rapporterait que 242 €. Ici, pas de doute : rembourser s’avère plus intéressant. Tout simplement parce que le taux d’intérêt du crédit à la consommation dépasse nettement celui de l’épargne.
Le raisonnement resterait le même même avec un placement mieux rémunéré, comme une assurance-vie euros : il faudrait alors que le rendement dépasse le taux d’emprunt, soit plus de 5,05 %. Même les SCPI les plus performantes n’offrent pas forcément cette perspective, et rien ne garantit le résultat.
À la croisée des calculs et des choix personnels, une certitude demeure : derrière chaque prêt qui s’efface, il y a un équilibre subtil entre coût, rendement et tranquillité d’esprit. À chacun d’arbitrer, chiffres en main, ce qu’il préfère voir diminuer : ses dettes ou ses regrets.

