Avec le Road Train, littéralement les camions, la route australienne semble un peu hors du film Mad Max. L’outback australien est traversé par ces impressionnants camions rugissants, derrière lesquels les pilotes, les camions, sont l’un des visages emblématiques de la Bush. Avec leur mode de vie solitaire et indépendant avec l’outback et ses distances infinies, les camionneurs roulent dans le four du jour ou la fraîcheur de la nuit étoilée qui monte leur train à roues.
Chevaux mécaniques contre les chameaux afghans
Bien avant que ces mastodontes de 400 chevaux ne fendent la poussière rouge de l’outback, il fallait compter sur des caravanes bien plus tranquilles : les trains de chameaux menés par des Afghans. Ces convois silencieux, lents mais fiables, ont longtemps été les véritables artères de la brousse australienne.
Le train de chameaux incarne un passé révolu, mais il a pavé la voie à d’autres idées. C’est au détour d’un éclat d’ingéniosité (peut-être d’ennui, qui sait ?) que Kurt Johansson, natif d’Alice Springs, recycle un vieux réservoir américain pour bricoler la première version de ce qui allait devenir le road train. Surnommée « Bertha », cette invention transporte quatre fois plus de bétail d’un coup et marque le point de départ d’une nouvelle ère : le train routier moderne est né, et Kurt Johansson entre dans la petite histoire australienne.
Train routier : Quand l’excès d’Australie rime avec la route
Le road train s’est vite imposé comme la réponse australienne à l’immensité du continent. On en trouve aussi au Canada et aux États-Unis, mais ici, ils sont taillés à la mesure des distances : relier la côte sud à la côte nord ou traverser l’Australie-Occidentale d’est en ouest, sur asphalte ou pistes défoncées, exige des machines hors normes.
Leur mission : transporter minerai, bétail ou carburant à travers l’outback. Ce sont les véhicules routiers les plus grands et les plus lourds du monde. Certains dépassent les 50 mètres de long et affichent fièrement jusqu’à 200 tonnes sur la balance (loin, très loin des 38 tonnes d’un camion européen). Les réservoirs semblent sans fond : des centaines de litres de diesel engloutis à chaque trajet.
Les configurations les plus courantes ? Les Double (2 remorques) et Triple (3 remorques), mais les variantes n’en finissent plus d’impressionner. AB Triple, ABB Quad, 2AB QUAD… chaque sigle cache une combinaison de remorques et d’essieux, parfois jusqu’à 4 ou 5 modules, pour satisfaire les transporteurs les plus ambitieux. Et puis il y a les monstres, les vrais : sept remorques, plus de 1000 chevaux sous le capot. Les croiser sur une route du Territoire du Nord, c’est voir passer un bout de légende.
Transport d’animaux par train routier : Truckies, le contenu de l’outback
On remarque souvent que beaucoup de conducteurs de road trains affichent de la bouteille, surtout ceux qui manœuvrent les configurations les plus longues. Rien d’étonnant : il faut des années pour gagner la confiance et l’expérience permettant de prendre en main ces convois géants. Avant de s’installer derrière le volant d’un mastodonte de 450 chevaux doté d’un V8 surpuissant, chaque aspirant truckie fait ses armes sur des engins plus modestes.
La réglementation permet de s’asseoir au volant d’un road train dès 18 ans, mais dans la réalité, les compagnies ne confient pas leur fret à des novices fraîchement diplômés. Formation obligatoire (TAFE), apprentissage de la mécanique et de la sécurité, puis vient le parcours du combattant : progresser de camion en camion, année après année, pour finalement décrocher le titre convoité d’icône de la route australienne.
Les conducteurs sont payés au kilomètre, leur salaire oscille généralement entre 600 et 900 dollars par semaine. Pas question de chômer : seuls les kilomètres parcourus sont rémunérés. Les pannes et arrêts coûtent cher, d’où la nécessité pour chaque truckie de maîtriser la mécanique afin de repartir au plus vite, seul ou avec l’aide de collègues. Ici, chaque minute hors de la route est une perte sèche.
Le rythme de vie : deux semaines de route, une semaine en famille
Les routiers australiens, souvent surnommés truckies, vivent au rythme de l’asphalte. Deux semaines sur la route, une semaine de retour auprès des proches : c’est le tempo classique. Pour se restaurer, ils s’arrêtent dans des roadhouses isolées, uniques oasis au milieu du néant. L’adresse n’a rien d’un choix : c’est la seule à des centaines de kilomètres à la ronde. Ambiance garantie, entre habitués et voyageurs de passage.
Sur la route, le road train impose le respect. Sa taille, sa puissance et son allure en font les véritables seigneurs de l’asphalte. La vitesse est théoriquement limitée à 100 km/h, mais sur ces distances, le contrôle reste rare, et le plus grand danger vient souvent des kangourous, qui finissent parfois contre la barre de protection à l’avant du camion. Les pare-buffles ne sont pas là pour faire joli.
Transport routier de carburant : survivre à la rencontre
Imaginez : vous roulez seul sur une piste écrasée de chaleur, le paysage défile, des kangourous traversent en bondissant. Les rétroviseurs semblent accessoires tant la route paraît déserte. Puis, au loin, une traînée de poussière rouge, deux points lumineux : un road train arrive, et vite.
Dans ce genre de situation, mieux vaut appliquer quelques règles de survie pour éviter de transformer ce croisement en scène de film catastrophe. Voici ce que vous devez garder en tête :
- Si le road train vous suit de près : S’arrêter n’a rien d’évident pour un convoi de 50 mètres lancé à 100 km/h et pesant 200 tonnes. Restez calme, anticipez : garez-vous franchement sur le bas-côté, loin de la chaussée, et laissez-le passer.
- Pour le croiser ou se faire doubler : Fermez les fenêtres, gardez votre trajectoire. Si le road train souhaite dépasser, signalez-lui que la voie est libre avec un appel de phares. Restez en retrait, la tornade de poussière qui suit pourrait obscurcir la route.
- Si vous comptez dépasser : Préparez-vous : il faudra une ligne droite interminable et une visibilité parfaite. Prévenez le conducteur par appel de phares, puis doublez franchement, sans ralentir. Ce sera probablement le dépassement le plus long de votre vie.
On croise ces géants surtout sur la Stuart Highway au nord d’Alice Springs, la Great Northern Highway entre Katherine et Broome, la Savannah Way dans le Queensland, et dans les environs des mines ou des grands élevages.
Comment arrêter un train routier avec votre pouce
Envie de rencontrer ces routiers à l’âme farouche ? L’autostop n’est pas impossible, mais il faut s’y prendre avec méthode. Les truckies aiment parfois partager leur route, mais la conversation peut vite tourner court si vous ne parlez pas anglais. Ceux qui savent créer le contact peuvent partager quelques centaines de kilomètres d’asphalte, et parfois, l’instant unique de prendre le volant du monstre, sous l’œil vigilant du conducteur.
Roadhouse : point de rencontre des truckies
Les parkings des roadhouses sont les lieux de rendez-vous des routiers. Rien de surprenant : les road trains s’arrêtent là, car il leur faut des espaces gigantesques pour manœuvrer et, surtout, pour s’arrêter. Certains nécessitent plusieurs centaines de mètres, voire un kilomètre, pour s’immobiliser à pleine charge.
Pour espérer attirer l’attention d’un conducteur et faire du stop, choisissez un endroit doté d’un large accotement, posez votre sac à dos bien visible, puis avancez de quelques centaines de mètres et attendez patiemment. Un conducteur vous lancera peut-être le fameux « Have you ever driven one of these? », signe que vous vivez là un vrai moment d’outback, la promesse d’une aventure hors du commun.
Encore plus long, encore plus fou !
Certains semblent penser que la démesure n’a pas de limite. En 1989, un certain Buddo tire un road train de 12 remorques. Mais ce record ne tient pas longtemps : une compagnie de Merredin, en Australie-Occidentale, aligne 45 remorques pour un total de 600 tonnes. L’exploit confine à l’absurde, quand on constate qu’un train de 112 remorques et 1300 tonnes ne parcourt plus que 100 mètres. Ici, la performance devient une fantaisie mécanique, un clin d’œil à la folie douce de l’outback australien.





