Après un décès ou une donation, un même logement se retrouve partagé entre deux personnes : l’une peut y habiter, l’autre en détient les murs. La question de l’assurance habitation surgit immédiatement. Qui doit payer l’assurance habitation en cas d’usufruit ? La réponse dépend du statut de chacun, du type d’occupation du bien et, parfois, de ce que prévoit l’acte notarié.
Démembrement de propriété et assurance habitation : le mécanisme à comprendre
Prenons un cas concret. Une mère lègue sa maison à ses deux enfants, mais conserve le droit d’y vivre jusqu’à la fin de ses jours. Elle devient usufruitière du logement. Ses enfants sont nu-propriétaires : ils possèdent les murs, sans pouvoir y habiter ni en percevoir de loyer.
Ce partage s’appelle le démembrement de propriété. Il sépare le droit d’usage (l’usufruit) du droit de disposer du bien (la nue-propriété). Chacun a des obligations différentes, y compris en matière d’assurance.
L’usufruitier est assimilé à un occupant du logement. Le nu-propriétaire, lui, se rapproche du statut de propriétaire non-occupant. Cette distinction change la nature du contrat d’assurance à souscrire et, par conséquent, la personne qui en règle la prime.

Assurance habitation de l’usufruitier : une obligation comparable à celle du locataire
Le Code civil, à travers ses articles 605 et 606, confie à l’usufruitier l’entretien courant du bien. Il est responsable des dégradations survenues pendant sa jouissance. Ce principe se prolonge en matière d’assurance.
Pourquoi l’usufruitier doit souscrire une multirisque habitation
L’usufruitier occupe le logement ou décide de le louer. Dans les deux cas, il porte la responsabilité des dommages causés au bien (dégât des eaux, incendie, bris de glace). L’usufruitier doit souscrire et payer une assurance habitation multirisque, exactement comme le ferait un locataire classique.
Cette assurance couvre au minimum la responsabilité civile liée à l’occupation, les dommages aux biens et, selon le contrat, le vol ou les catastrophes naturelles. La prime est à la charge de l’usufruitier, car c’est lui qui tire profit du logement.
Quelles garanties prévoir dans le contrat
Un contrat multirisque habitation pour un usufruitier devrait couvrir les postes suivants :
- La responsabilité civile occupant, qui prend en charge les dommages causés aux voisins ou aux tiers (un dégât des eaux qui traverse le plafond du voisin, par exemple).
- Les dommages aux biens mobiliers et immobiliers par usage : incendie, explosion, dégât des eaux, tempête.
- La garantie recours des voisins et des tiers, pour couvrir les réclamations en cas de sinistre dont l’origine se situe dans le logement.
- Une protection juridique liée à l’habitation, utile en cas de litige avec le nu-propriétaire sur la prise en charge d’une réparation.
Le montant de la prime varie selon la surface du logement, sa localisation et les garanties retenues. Pour un appartement de taille moyenne, comptez de quelques centaines d’euros par an. Pour une maison, la facture grimpe en fonction du nombre de pièces et de la présence d’annexes.
Assurance PNO du nu-propriétaire : obligatoire en copropriété
Le nu-propriétaire ne vit pas dans le bien. Il pourrait penser qu’aucune assurance n’est nécessaire de son côté. Ce raisonnement est incomplet.
Le cas de la copropriété change la donne
L’article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965, introduit par la loi ALUR du 24 mars 2014, impose à chaque copropriétaire de souscrire une assurance de responsabilité civile. En copropriété, le nu-propriétaire doit souscrire une assurance PNO (propriétaire non-occupant), même si l’usufruitier a déjà son propre contrat.
Cette assurance PNO couvre les dommages qui pourraient être imputés au propriétaire des murs : un défaut structurel, une façade qui se dégrade et blesse un passant, un sinistre survenant pendant une période de vacance du logement.
Hors copropriété, la PNO reste recommandée
Pour une maison individuelle, aucune loi n’oblige le nu-propriétaire à souscrire une PNO. En revanche, un sinistre lié au gros œuvre reste à la charge du nu-propriétaire selon l’article 606 du Code civil : murs porteurs, toiture, voûtes. Sans assurance, il devra financer les réparations de sa poche.
Le coût d’une assurance PNO est nettement inférieur à celui d’une multirisque habitation classique. Il représente souvent quelques dizaines d’euros par an pour un appartement, un peu plus pour une maison.

Quand le logement en usufruit est mis en location
L’usufruitier a le droit de louer le bien et d’en percevoir les loyers. Cette situation ajoute un troisième acteur : le locataire.
Le locataire est légalement tenu de souscrire sa propre assurance habitation (article 7 de la loi du 6 juillet 1989). Il couvre les risques locatifs : incendie, dégât des eaux, explosion.
L’usufruitier-bailleur, lui, se retrouve dans la position d’un propriétaire non-occupant. Il doit alors souscrire une assurance PNO pour couvrir les périodes de vacance locative et les dommages non couverts par l’assurance du locataire. Le nu-propriétaire conserve de son côté l’obligation (en copropriété) ou l’intérêt (hors copropriété) de maintenir sa propre PNO.
Vous avez remarqué le cumul ? Dans un logement démembré et loué, trois contrats d’assurance peuvent coexister : celui du locataire, celui de l’usufruitier-bailleur et celui du nu-propriétaire.
Convention de démembrement : le piège que personne ne vérifie
Les articles 605 et 606 du Code civil posent une répartition par défaut. L’entretien courant et l’assurance habitation reviennent à l’usufruitier. Les grosses réparations (toiture, murs de soutènement, poutres) incombent au nu-propriétaire.
Cette répartition n’est pas figée. L’acte de donation ou la convention de démembrement peut modifier la répartition des charges, y compris celle de l’assurance. Un notaire peut prévoir que le nu-propriétaire prend en charge une partie de la prime, ou que l’usufruitier assume aussi certaines grosses réparations.
Le piège fréquent : ne jamais relire l’acte notarié. Des années après la donation, un sinistre survient. L’assureur indemnise le nu-propriétaire (propriétaire des murs), mais l’usufruitier se retrouve sans prise en charge pour les réparations qu’il a engagées. Ce décalage entre l’indemnisation et la personne qui paie réellement les travaux est une source de conflit récurrente.
Vérifiez ces points dans votre acte notarié
- La clause de répartition des charges entre usufruitier et nu-propriétaire : est-elle conforme au Code civil ou aménagée ?
- Le bénéficiaire désigné en cas de sinistre : l’indemnité d’assurance revient-elle au nu-propriétaire, à l’usufruitier, ou aux deux selon la nature du dommage ?
- L’obligation ou non pour le nu-propriétaire de réaliser les grosses réparations : en l’absence de clause, le nu-propriétaire n’est pas tenu de les effectuer et l’usufruitier ne peut pas l’y contraindre, sauf convention contraire.
Critères de choix et fourchettes de prix pour l’assurance en usufruit
Que vous soyez usufruitier ou nu-propriétaire, quelques critères orientent le choix du contrat.
Ce que l’usufruitier doit privilégier
La couverture multirisque habitation doit inclure la responsabilité civile occupant, les dommages aux biens et une garantie recours. Si le logement est ancien, une garantie spécifique pour les dégâts des eaux liés à la vétusté des canalisations peut éviter des surprises.
Le budget annuel varie fortement selon la localisation et la superficie. Pour un appartement en ville, la prime se situe généralement entre une centaine et quelques centaines d’euros. Pour une grande maison, la facture peut dépasser ce seuil.
Ce que le nu-propriétaire doit vérifier
L’assurance PNO est un contrat plus simple, avec une prime moins élevée. Vérifiez qu’elle couvre la responsabilité civile propriétaire, les dommages au bâti pendant une vacance et le recours des locataires ou de l’usufruitier.
Comparez au moins trois devis. Les écarts de prix entre assureurs peuvent être significatifs pour un même niveau de garantie, surtout en copropriété où les sinistres liés aux parties communes compliquent les déclarations.

Récapitulatif : qui paie quoi selon la situation
| Situation | Usufruitier | Nu-propriétaire |
|---|---|---|
| Logement occupé par l’usufruitier | Multirisque habitation (obligatoire) | PNO (obligatoire en copropriété, recommandée ailleurs) |
| Logement loué par l’usufruitier | PNO en tant que bailleur | PNO (obligatoire en copropriété, recommandée ailleurs) |
| Logement vacant | Assurance vacance ou PNO | PNO recommandée |
L’usufruitier paie l’assurance habitation du logement qu’il occupe ou gère. Le nu-propriétaire finance sa propre PNO pour protéger les murs dont il reste propriétaire. Avant de signer un contrat, relisez l’acte de démembrement pour vérifier si une clause modifie cette répartition par défaut.
Pour obtenir des devis adaptés à votre situation (usufruitier, nu-propriétaire ou les deux), remplissez le formulaire ci-dessous. Un professionnel vous rappellera pour étudier vos besoins et vous proposer les garanties les mieux ajustées.

